Voie de Femme

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Le sang sacré des lunes… ou lorsque le sang ne coule pas

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Chez certains peuples dits "traditionnels", ce qui est nommé règles chez nous est appelé lunes. Tout de suite, un peu de poésie s'immisce dans un sujet sensible, encore tabou. Pourquoi appelle-t-on un moment si spécial de la vie d'une femme les "règles"? Par analogie, cela me fait penser à directives, normes, punition, devoirs… Ce terme est directement emprunté au discours patriarcal ambiant, mais reflète-t-il vraiment la réalité, dans toute sa beauté, mais aussi ses défis?

 

Ce sang si magique qui nous connecte, nous les femmes, à notre corps, à la partie la plus intime de nous-mêmes, coule sans violence, ni maladie, ni combat! ll contient des cellules-souches et s'offre 'gratuitement' à nous chaque mois, jusqu'au moment où la femme devient "femme sage", étape marquée par la ménopause.

 

Vu sous cet angle, il n'y a pas de doutes que la désignation de "lunes" fait davantage honneur à notre essence cyclique que les "règles", à reléguer aux oubliettes d'un patriarcat poussiéreux et terrorisé par la puissance du Féminin, qu'il convenait jadis d'étouffer et de rabaisser.

 

Notre cycle féminin est intimement relié au cycle lunaire. Autrefois du moins, lorsque la pilule, le stress, la pollution et les autres sources de déconnexion aux rythmes du corps n'existaient pas, les femmes ovulaient au moment de la pleine lune et saignaient lors de la nouvelle lune… Bon nombre d'Occidentales continuent d'ailleurs d'observer ce rythme.

 

La voie du Féminin Sacré que j'ai (re)découverte grâce notamment au Tantra, aux cercles de femmes et au chamanisme m'a permis de poser un autre regard sur ce sang. Mais le chemin fut long car comment expliquer à une femme atteinte d'endométriose, qui souffre le martyre justement pendant et "à cause de" ses lunes que c'est magique et beau de saigner chaque mois? Comment lui faire comprendre que ce sang peut être récolté et redonné à la Terre Mère, nourrissant ainsi la Vie?

 

La plupart des femmes atteintes d'endométriose ne demandent qu'une chose: l'arrêt des lunes, et, de ce fait, du calvaire qui en découlent.  Car leur souffrance n'est aucunement comparable aux petites tensions et tiraillements abdominaux que toute femme, même bien portante, peut ressentir au moment du cycle.

 

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Non, les douleurs s'apparentent pour certaines femmes à celles que connaissent les personnes souffrant d'une péritonite ou d'un cancer abdominal avec métastases. Elles ne se limitent pas aux organes de reproduction de la femme, mais selon où les foyers d'endométriose sont localisés, affectent le tube digestif  et l'ensemble du corps. Nausées, vomissements, fièvre, état inflammatoire généralisé et douleurs profondes dans les tissus sont fréquents, sans parler de l'épuisement intense qui accompagne les symptômes, qui peuvent durer plus de deux semaines par mois, voire être chroniques. Certaines recourent à la morphine et à d'autres anti-douleurs ou anti-inflammatoires puissants, et ce avec des résultats parfois peu probants. D'autres supportent, mais ne peuvent plus aller travailler.

 

Alors peut-on vraiment prétendre, comme le font les femmes qui prônent une écoute de leur corps et la récolte du sang menstruel, que la seule voie pour que les femmes se réapproprient leur féminité est l'arrêt de tout traitement hormonal?

 

La mode est aujourd'hui à la contraception naturelle, à l'observation du cycle (symptothermie) et, de ce fait, au rejet des hormones de synthèse. La pilule, issue de l'industrie pharmaceutique, est montrée du doigt comme un outil d'avilissement de la femme par le patriarcat.

 

Certes.

 

Mais il y a quelque chose, dans le discours ambiant, de profondément douloureux et intolérable pour les femmes atteintes d'endométriose.

Cette voix-là s'insurge en effet: Quel luxe que de pouvoir observer sa courbe de fertilité quand soi-même, on ne sait pas si l'on pourra avoir des enfants! Quelle chance que de pouvoir récolter son sang menstruel au moyen d'une moon cup et d'en faire cadeau à ses plantes, à la Terre, et de dire ainsi merci à la grande Déesse qui nous habite!

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Pour nous les 'endogirls', comme on les appelle, cela ressemble à un conte de fées, une illusion, à une chimère inaccessible. Nos ovaires - centre de création de vie - sont "mis au repos" par les traitements hormonaux. Une partie de nous est ainsi anesthésiée, endormie.

 


C'est une évidence, les hormones chimiques dérèglent l'organisme. Evidemment, cela n'est pas respectueux pour notre cycle. Mais que faire quand elles deviennent le seul palliatif à un mal insoutenable et chronique??

 

Dans mon accompagnement des femmes, où j'amène ces dernières à honorer leur corps, se connecter à sa magie et à sa puissance, à se mettre à l'écoute de leurs cycles, je me retrouve  dans une situation paradoxale, qui a pu me faire souffrir pendant un temps: je prends une pilule en continu, qui me coupe les cycles, pour éviter les drames mensuels et mener une existence "normale" tout en continuant à travailler sur le mal à la racine (c'est-à-dire sur les origines possibles de la maladie pour moi, dans mon âme et mon être le plus profond). Je suis porte-parole, du fond de mon cœur, du discours de toutes ces accompagnatrices du féminin et pourtant, moi, je suis étrangère à ces joies partagées par mes sœurs, je suis 'coupée' du plaisir d'observer mes cycles, de ritualiser la venue de la Déesse dans mon ventre chaque mois… Ne suis-je donc pas une femme si je coupe tout? Si je n'ai plus de lunes, est-ce que ça revient à dire que le Féminin sacré ne vit pas en moi?

 

Bien au contraire!!

 

Il m'a fallu cheminer intérieurement pour sortir de cette dualité - Féminin sacré, le Vrai, cycle lunaire versus absence de lunes, maladie. La tristesse m'a accompagnée un temps, me rend parfois encore visite. Mais aujourd'hui, je sais, du fond de mon âme, que ce n'est pas l'absence de sang menstruel qui m'empêche d'être une femme, ni même d'observer mon cycle. Et encore moins de me connecter à mes ressentis!!

 

Cela demande encore plus de finesse, de délicatesse et d'intuition. Donc plus de connexion à la Lune, en fin de compte!! Mais cela est possible. Ma vision de ce que je considère être un mal (la prise d'hormones chimiques) prend alors d'autres teintes: et si justement, parce que j'étais capable d'affiner mon écoute du Féminin sacré qui pulse en moi et de plonger encore plus profondément dans mon corps de femme, la Vie me demandait de traverser cette épreuve et de vivre quelque chose de différent de la plupart des autres femmes? Mon écoute ainsi aiguisée, ma sensibilité exacerbée, mon envie puissante de laisser vibrer mon Féminin me font puiser dans des ressources insoupçonnées, au cœur de la maladie. Cette partie alors vulnérable de moi devient une force, une richesse. Un joyau.

 

Malgré l'absence de lunes, je sens aujourd'hui mon cycle et les émotions qui en dépendent. J'observe la lune, dans le ciel. Je lui rends hommage, et je l'invite à pénétrer mon corps de femme, à l'influencer, à le rendre encore plus sensible, plus connecté, plus à l'écoute.  Les soins de l'utérus que je pratique en tant que moon mother sont l'un des outils me permettant de me reconnecter, au niveau énergétique, au Féminin sacré.

 

D'ailleurs, une femme ménopausée reste une femme. Une "femme sage", si elle a suivi son chemin avec conscience, a intégré les facettes du féminin. C'est donc une femme complète! Et non une vieille, comme on voudrait trop souvent la voir dans notre société. De la femme procréatrice, elle incarne avec encore plus de force la femme créative, créatrice. Lorsque l'énergie reste dans la femme et ne s'écoule pas au travers de ses cycles, la puissance du Féminin peut se manifester, plus que jamais, dans la création au-delà de l'enfantement.

 

Eh bien, lorsque mes lunes ne sont pas là, la Vie m'invite à incarner cette complétude, à la rechercher, bien que je ne sois pas encore une "femme sage". La création, sous toutes ses formes, circule en moi. Certes, j'ai fait le deuil, pour un temps du moins, de l'observation du cycle naturel. Mais j'y ai gagné quelque chose d'encore plus précieux: une sagesse, un lâcher-prise, la conscience qu'être femme englobe beaucoup plus encore que ce que l'on soupçonne. Et, surtout, j'apprends à intégrer certaines des qualités féminines les plus nobles à mon sens: l'écoute subtile et le respect des rythmes et besoins de mon corps, l'amour qui englobe tout ce qui est, qui réconcilie (et même ce qui me déplaît -la maladie, l'absence de lunes, les traitements chimiques…..). La sagesse qui émerge de cette acceptation ne peut que m'amener, inéluctablement, à une plus grande expression de ma Féminité. Avec ou sans lunes.

 

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19/01/2017
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